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Les peintures d’Alain Laborde, depuis longtemps déjà, font penser à des fresques anciennes, à des empreintes préhistoriques, avec leurs teintes ocres ou terre cuite, leurs brasiers volcaniques, leurs animaux sortis du fond des âges (chevaux primitifs, aurochs, lézards qui ondulent), rythmées souvent par de minces silhouettes féminines en rondes dansantes qui évoquent l’Afrique, graciles et abondantes à la fois, linéaires et sensuelles, ponctuées d’inscriptions éparpillées, signes cunéiformes, alphabets indéchiffrables, traces d’outils élémentaires, et par-dessus tout la ferveur d’un monde qui vit dans l’exubérance, la gourmandise et la joie. Voici que les figures reconnaissables, animaux, formes humaines, lettres inscrites, s’effacent maintenant, les surfaces perdent leurs bords et leurs cadres classiques, seules les franges des tissus indiquent qu’on va sortir de l’espace peint, et, plus qu’auparavant, c’est vers l’intensité de la matière qu’on est ramené, dans une épaisseur, un grain qui donnent à ce qu’on a sous les yeux la consistance à la fois inquiétante et voluptueuse d’un chaos originel. Les couleurs n’ont pas vraiment changé, toujours ces bruns vibratiles semés d’éclats minéraux, ces ocres flamboyants et ces teintes pâles comme une aube saharienne, mais voici qu’elles règnent avec l’étrange souveraineté de ce qui n’a pas besoin de formes précisément dessinées pour imposer l’évidence d’une vie primitive, en-deçà des anecdotes, des constructions imaginaires et des présences humaines, rendant sensible la chair élémentaire du monde. Jean-Yves Pouilloux
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| © Alain Laborde |
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