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 "Il
me semble que j'essaie de vous dire un rêve que je fais un vain effort, parce
que nulle relation d'un rêve ne peut communiquer la sensation du rêve, ce
mélange d'absurdité, de surprise, de confusion, dans un effort frémissant de
révolte, cette notion qu'on est prisonnier de l'incroyable, qui est l'essence
même du rêve..."
Conrad Au
coeur des ténèbres

Mêtis
et métissage
En 1983, Antonio
Saura et Ernest Pignon lancent
avec le concours des Nations
Unies l'idée d'une exposition
itinérante d'oeuvres d'art
contre l'apartheid qui seront
offertes au premier gouvernement
libre et démocratique
de l'Afrique du Sud. La Martinique
choisit pour la représenter
une toile monumentale d'Alain
Laborde Maïpouri dont le
titre est emprunté à
un vers de Pablo Néruda,
Venez voir le sang dans les rues.
Bernard
Lafargue Professeur d'histoire
de l'Art et d'Esthétique Université
de Bordeaux III
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 Alain
Laborde, pour ses amis, c'est
Maïpouri, surnom ramené
de Guyane, dont il regrette la
chaleur et l'insouciance à
la manière d'un paradis
perdu.
Philippe
Comte Conservateur du musée
des Beaux-Arts de Pau
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 Le
travail d'Alain Laborde n'est
pas uniforme, n'a pas été
créé pour l'obtention
d'une image de marque. Il explore
plusieurs directions à
la fois qui s'additionnent cependant,
pour signifier. Le peintre se
trouve aux confluences de plusieurs
thèmes qu'il active comme
autant d'interrogations. Laborde
utilise deux formes visuelles
complémentaires et parfois
contradictoires pour garder la
surface vivante, active. Il nous
est donné d'apercevoir
sous le glacis coloré
recouvrant les premières
souches, un autre monde de signes,
de protubérance sous-jacentes.
Ces deux plans superposés
entrent en mouvement grâce
à la fluidité de
la dernière couche peinte.
Les deux surfaces parallèles
glissent l'une au-dessus de l'autre
en un mouvement visuel lent. La
juxtaposition de la surface de
la toile rugueuse, travaillée
de signes en relief (qui marque
l'activité du poignet
et de la brosse peignant la surface,
insistant de ce fait sur la marque
du travail physique du peintre)
et du glacis presque transparent,
fluide, coulant, fonctionnant
comme réseau filtrant,
comme transparence sourde, activent
l'ensemble de l'oeuvre. Le glissement
qui s'opère entre ces
deux surfaces crée des
tensions, des éraflures,
des secousses, des ambiguïtés
qui déclenchent chez le
spectateur une interrogation
de la surface peinte, de l'image
apparemment calme qui, dès
qu'approchée pour lecture,
se met en mouvement devenant
insaisissable dans sa totallité.
Serge
Guilbaut Professeur
d'Histoire de l'art Université
de Vancouver
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Alain Laborde,
voyage au bord du monde
Une
odyssée artistique en
terre merveilleuse du Mythe :
vous
êtes dans ce royaume inventé
par le peintre Alain Laborde.
Du bois, du fer, des sables,
de la poussière d'étoiles
pour matériaux. Des figures
et des formes ; une faune
sortie d'un bestaire archaïque
pour populations. Traces, empreintes,
signes, calligraphies, fragments
de mémoire : une
écriture multiple, totémique,
archéologique qui donne
de la couleur aux mots et s'offre,
sur la toile, comme un répertoire
indéchiffrable d'alphabets.
La mémoire ouverte de
civilisations perdues.
Atlantica,
n° 143
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 Rivages sur lesquels la peinture accostait avec plus ou
moins de violence, plages calmes - presque des aplats à peine marqués des
stries du pinceau - les peintures d'Alain Laborde ont longtemps évoqué pour moi
les lointains qui les voyaient naître : les Caraïbes, les îles de la Martinique.
La ligne d'horizon, au-dessus la pâleur moite d'un ciel immobile, au-dessous la
densité bleue et opaque des océans, ressac des coups de brosse, bruine de
térébenthine sur le médium fraîchement déversé. Mais au-delà de ce fil de
partage, l'abstraction, avec sa vie intrinsèque, ses entrailles, ses
vibrations, ses conflits qui n'ont rien de quotidien. Toiles domaine du visuel
et du sensoriel purs. Récemment le support qui ne faisait
qu'enregistrer cette danse rituelle du pinceau chargé de couleur a décidé de
bouger ; il s'anime à ses risques et périls. (...) Sa peinture se mue alors en totems
sertis de toile peinte. Celle-ci fait parler une sédimentation de recouvrements
rapides et partiels - gestualité, arabesque - ils laissent vivre par réserves des couches plus
profondes. Le fond respire, palpite, danse rythmique autour du totem.
L'ensemble joue sur le relief et le plat, le mat et le brillant. Le regard est tactile. Au-delà de toute
symbolique, le châssis est le théâtre de la rencontre d'éléments plastiques :
hasard de leur affrontement, vides chromatiques de leurs écarts. La peinture est totale puisque
visuelle, tactile, mobile, allusive quoique de façon très libre.
Hélène Sorbé Professeur d'Arts plastiques Université de Bordeaux III

|  Les tableaux d'Alain Laborde dégagent une
force tellurique que les échelles sismiques ne peuvent capter. Nourri des
signes de l'art éclos depuis l'aube de l'humanité, l'artiste associe peinture,
pictogrammes et écriture cunéiforme qui expriment la quintessence des
civilisations les plus anciennes tout en les revisitant à l'heure d'Internet. Il brasse, en effet, les cultures et les
époques dans une palette de tons ocre-brun et utilise dans sa peinture des
sables et des terres recueillis sur les cinq continents que ses amis lui
rapportent de leurs voyages. Leur présence dans la texture de chacune de ses
toiles témoigne de sa volonté d'exprimer l'origine plurielle et métissée du
langage, et particulièrement du langage pictural. Des
fonds sculptés en bas-relief, composés dans une matière qui conserve un aspect
originel émergent des créatures étranges qui se mélangent avec des signes
empruntés à toutes les civilisations. Sa peinture relève d'une vision très
moderne du métissage des civilisations, dans la mesure où il n'utilise pas le
"primitif" pour se l'approprier comme l'avaient fait les artistes du début du
siècle mais il procède, au contraire, par nomadisme, en explorant les
différentes cultures pour en dire la richesse. Parallèlement
à ses recherches sur les écritures, il s'enracine dans un terroir plus
hexagonal, mais tout aussi ancestral, celui de la vigne qui a été célébrée
depuis l'antiquité. Il travaille sur le thème du vin en utilisant la terre des
différentes régions viticoles de la France et en particulier celle du Sud-Ouest
qu'il intègre à sa peinture pour exprimer l'âme chantante du vin.
Christiane
Albert Université de Pau et des pays de l'Adour
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 Le vin a un langage qui a fasciné les
artistes et les poètes depuis l'Antiquité. Comme eux j'ai voulu évoquer les
rites méticuleux de la vigne et exprimer l'âme chantante de ce vin doré de
Jurançon, fruit des vendanges tardives de nos coteaux ensoleillés avec lequel
j'ai été baptisé, comme le veut la tradition en Béarn. Aussi j'intègre à ma peinture
un peu de la terre de ce vignoble comme hommage à ce qui me semble être la part
la plus lumineuse de notre culture et de notre art de vivre.
Alain
Laborde
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D'Ulysse à Alain
Laborde
Des vases grecs aux derniers tableaux
d'Alain Laborde, la peinture s'est toujours plu à représenter les vertus du
vin. Parmi ces vertus, où il faut laisser résonner non seulement la virtus latine, mais aussi le mystère
eucharistique, le charme et le duende,
je me propose de mettre en évidence sa métis.
Si le vin est à l'homme ce que l'ambroisie est aux dieux, il a de plus le
pouvoir de révéler sa métis. La métis est la qualité qui distingue
Ulysse et Dédale parmi tous les héros de la Grèce. Ruse du navigateur, de
l'artiste, du filou, du séducteur, du stratège, de l'orateur, du sophiste, du
politique, ou du philosophe, la métis
est l'art de dénouer à son avantage une situation délicate, et ce avec grâce - charis. Peindre la métis
du vin, c'est peindre la stratégie du « pot-de-vin » qui libère les
forces de la vie en tranchant un noeud gordien. Je distinguerai ici trois types
de métis du pot-de-vin : celle d'Ulysse qui saoule Polyphème d'un kysubion
de vin noir pour sauver ses compagnons d'une mort infâme, celle des Still-leven
hollandaises du XVIIe siècle où les vidrecomes à moitié pleins/vides murmurent un mémento mori ambivalent, celle enfin
d'Alain Laborde qui nous invite à plonger gaiement dans des fonds de peinture à
la beauté vineuse.
Bernard
Lafargue Professeur d'histoire
de l'Art et d'Esthétique Université
de Bordeaux III
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 Des
voyages, il n'en existe pas seulement dans l'espace, il en existe aussi dans le
temps... C'est
un voyage de cette sorte qu'a entrepris Alain Laborde, parti en quête des
origines même de la peinture, lorsque, dans la pénombre enfumée des grottes où
dansait l'ombre rougeoyante des flambeaux, nos ancêtres, les hommes des
cavernes traçaient d'un geste sûr des lignes épurées dont la modernité défie
encore le temps. En
explorant les formes primitives de ce bestiaire transmis par les âges tout en
l'enrichissant de sa sensibilité et de son imaginaire d'homme du XXIe siècle,
Alain Laborde rend hommage à ces premiers artistes et témoigne magistralement
du fait que l'art est universel et transcende non seulement les civilisations,
les continents mais aussi les siècles.
Christiane
Albert Université de Pau et des
pays de l'Adour

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